Chapitre 27 : Désiré Samedi
Pierre et John regardaient une émission sur une chaîne de grande écoute. Un grand couturier était en train de parler de son dernier livre. L’animatrice de l’émission n’était autre qu’Etoile’ Galaxy, la fille de dix-neuf ans de la propriétaire de la chaîne.
― Vous pensez vraiment ce que vous dites ? demanda cette dernière à son invité.
― Oui, oui, oui, oui, oui, répondit Enabar’ Kaupa, je le pense, je le sens et j’en suis sûr.
En disant cette dernière phrase, il avait touché chacune de ses tempes avec ses index, tout en fermant les yeux.
― Mais vous l’aviez d’abord prévu il y a treize ans et il ne s’est rien passé, lui fit-elle remarquer.
― Non, non, non, non, non, je m’étais trompé, j’avais mal interprété les signes, ce n’était pas en 2666 que cela se passait. 2666 a juste été le commencement ! répondit-il en ouvrant les yeux.
― Donc la fin du monde serait en l’an 3000 comme vous l’écrivez dans votre dernière parution ?
― Parfaitement ! C’est ce que les esprits m’ont fait comprendre. Comme l’avait pré…
Pierre dit au son de s’éteindre,
― On dirait que je ne pourrai pas voir la fin du monde, dit Pierre en souriant.
Il tourna la tête vers John qui avait encore des larmes plein le visage.
― Tu te souviens de ce que je t’ai raconté sur la chaleur qui m’aide dans les moments difficiles ? demanda Pierre.
John ne répondit pas, il n’avait pas parlé de la journée.
― Et bien après l’explosion, avec tout ce qui m’était arrivé, j’avais besoin de parler. Je voulais des explications et surtout je voulais un moyen de pouvoir avoir toujours la chaleur autour de moi. Je me suis rapproché de plusieurs associations, je suis tombé sur beaucoup de charlatans, de sectes et de jeunes imbéciles en quête d’émotions fortes… Aucun n’avait eu une expérience comme la mienne. Finalement, j’allais abandonner, me disant que j’étais le seul sur terre à qui ce genre de choses était arrivé ou bien que je devenais fou. Je n’avais à ce moment senti la chaleur qu’une seule fois, le jour de l’explosion. Alors que je rentrais chez moi à pied pour éviter les embouteillages, en revenant des locaux d’une association crapuleuse recherchant à exploiter les douleurs des gens, je suis passé au-dessus d’un pont. Je me suis arrêté et j’ai regardé l’eau, elle était si plate et si calme sous mes pieds… je suis monté sur la balustrade…
Pierre regardait dans le vide, dans la direction des images muettes d’Enabar’ et d’Etoile’, alors qu’il continuait à parler.
― Lorsque que j’allais me laisser tomber, je sentis la chaleur pour la deuxième fois de ma vie et une voix âgée derrière moi me dit « je ne crois pas que la jeune fille enceinte derrière vous sera heureuse si vous faites cela, vous ne voyez pas qu’elle vous fait signe de ne pas sauter ? ». Je me suis retourné et j’ai alors vu pour la première fois une des personnes les plus importantes de ma vie, Désiré Samedi. C’était un homme à la peau noire, obèse et qui semblait très âgé. Il n’y avait personne d’autre que lui derrière moi. « Quelle femme enceinte ? » lui demandais-je. « Elle me dit qu’elle s’appelle Hilda et elle me demande de vous dire qu’elle ne vous quitte pas, qu’elle vous attendra toujours et qu’elle vous aime ». Je ne pouvais pas le croire. Je suis finalement reparti avec lui en écoutant tout ce qu’il disait. Je le revois encore souvent. Je pense que tu devrais le rencontrer.