Chapitre 35: L’adieu
Pierre était allé accueillir Désiré à la porte de son garage. Lorsque John le vit, il fut très surpris, il ne pensait pas que des gens aussi gros existaient encore.
― Désiré, je te présente John Baggins, dit Pierre, John je te présente Désiré Samedi.
Les deux hommes se saluèrent. Désiré avait un visage vraiment doux et sympathique, une sensation de bonté immense se dégageait de lui. John en le regardant constata qu’il semblait être d’une vieillesse extrême et se demanda quel était l’âge réel de cet homme.
― Alors quoi de neuf ? demanda Pierre à son ami, tout va bien ?
Désiré ne répondit pas.
― Vous vouliez que je vous aide à faire quelque chose ? demanda ce dernier.
― Oui, dit Pierre en lui coupant une part du gâteau qu’il avait commandé en compagnie de John quelques minutes plus tôt. Je voudrais que tu permettes au fils de John de parler avec lui. Il a disparu en mer depuis quelque temps… Il doit être ici près de son père, non ?
― Je ne vois personne d’autre ici que ton ami, Hilda et toi, dit Désiré, je suis désolé…
― Non, mais regarde bien il doit être par là, insista Pierre.
― Il n’y a personne dit Désiré. Je suis navré…
John se leva et sortit de l’appartement pour retourner chez lui, ne trouvant absolument pas drôle le numéro de Désiré qui, pour lui, ne restait qu’un gourou qui avait profité de la détresse de son ami.
― Pardonne-moi, dit Désiré à Pierre, mais je n’allais pas lui mentir, je ne sais pas où est son fils, s’il avait une femme peut-être qu’il est avec elle.
― C’est dommage, dit Pierre, je voulais lui remonter un peu le moral. Il va mal. Enfin… Quoi de neuf de ton côté, tout va bien ?
― La planète va mal Pierre, lorsque la planète va mal, je ne peux pas aller bien… Un terrible cancer la ronge et me ronge aussi.
Pierre nota que Désiré avait l’air très fatigué alors que jusqu’à maintenant il l’avait toujours vu en forme.
― Ça va Désiré ? Tu n’as pas l’air bien, dit Pierre.
― Je suis comme la planète, je me sens desséché et amoindri, je n’ai pu tenir jusqu’à maintenant que grâce à ma volonté et à mes amis défunts qui me soutiennent, mais je suis à bout de souffle. Je crois que mon heure est proche.
Pierre se tétanisa en écoutant cela. Il vit alors que son ami n’avait même pas touché à sa part de gâteau.
― Tu me fais peur là tu sais, qu’est-ce qui te prend ? Tu es allé voir un médecin ? Tu as perdu ton appétit ?
― Oui j’ai perdu mon appétit depuis quelques jours, et aucun médecin ne peut m’aider.
― Qu’est-ce que je peux faire pour toi ? demanda Pierre.
― Tu sais, je suis bien vieux, tout le monde doit mourir un jour.
― Ne parle pas comme ça, allez tu vas vivre, il faut le vouloir c’est tout !
― Vivre aussi longtemps n’est pas quelque chose d’amusant Pierre, j’ai vu tous mes amis mourir dans une guerre alors que j’étais encore jeune, une guerre qui fut bien inutile, une guerre raciale dont personne ne se souvient car elle fut enlevée de l’histoire pour ne pas attiser les haines et les pleurs. Ensuite toutes les personnes que j’ai connues et aimées sont mortes de vieillesse ou dans d’autres guerres et révolutions, me laissant toujours continuer seul ma route.
― Tu ne m’avais jamais parlé de tout cela…
― Non, car telle n’est pas ma mission, ma mission était de préserver la planète et l’humanité, mais j’ai failli.
― Mais alors tu vois la fin du monde proche ? en l’an 3000 comme certains le disent ?
― Ah, la fin du monde. Quand j’étais jeune certains la voyaient en l’an 2000. J’ai connu un homme aussi qui était certain que le monde avait été détruit à cette date, et que nous n’étions plus que des fantômes, il s’appelait Duran…, mais c’est une autre histoire… Je ne sais pas si la fin du monde est venue, mais celle de l’humanité pourrait, elle, être sur le point de venir… la planète ne se laissera pas détruire et piller éternellement, la Rivière de la Vie est très agitée…
Pierre ne disait rien, écoutant parler celui qui était presque devenu comme un second père pour lui.
― Je suis venu à ta demande, espérant pouvoir aider ton ami, continua Désiré, mais je suis également venu pour te dire adieu mon ami.
Pierre avait les larmes aux yeux, il prit son ami dans ses bras et resta ainsi un moment ne voulant pas s’en séparer.
― Je dois m’en aller maintenant, il me reste des choses à faire et je n’ai que peu de temps devant moi, dit Désiré en se relevant et en se dirigeant vers son aérovoiture dans le garage de Pierre, au revoir Pierre, au revoir Hilda, nous nous retrouverons dans la Rivière de la Vie.
― Au revoir Désiré, murmura Pierre en pleurant. La chaleur qu’il n’avait pas sentie depuis longtemps l’entoura alors.
― Elle vous aime vraiment, dit Désiré en entrant dans son véhicule.
Pierre resta à regarder par la porte de son garage alors que son ami disparaissait derrière les immeubles alentour.