Chapitre 25 : Les bateaux
Léonard était en train de regarder les trois bateaux qu’il avait fait ramener par transporteur solaire. Ils avaient dû payer quelques de pots-de-vin pour que la police le laisse les emmener. Mais cela n’avait finalement pas été bien difficile, sachant que les policiers n’étaient pas très intéressés par l’affaire, que les embarcations étaient irrécupérables et que les assurances des épouses de marins morts rembourseraient le prix du bateau neuf, en plus de leur donner des rentes à vie.
Il était intéressant de voir la différence qu’il y avait entre ceux des marins disparus et de celui de l’homme retrouvé décapité. Celui de ce dernier était très abîmé à cause des chocs qu’il avait reçus en dérivant sans contrôle, mais à part cela, et les pannes qu’il avait eues comme les deux autres, il n’y avait rien d’étrange. Par contre ceux des marins disparus, eux, en plus des pannes et collisions qu’ils avaient subies, étaient couverts d’algues violacées et sentaient terriblement l’humidité.
« Comme s’ils étaient restés un long moment sous l’eau avant de remonter à la surface », avait pensé Léonard lorsqu’il les avait vus la première fois, même si cela n’expliquait pas totalement l’état des embarcations.
Les algues, l’humidité et les autres différences entre ce qui était arrivé aux bateaux des marins disparus par rapport à celui du marin dont on avait le corps intéressaient et intriguaient Léonard. Mais s’il avait fait le voyage et avait pris le risque de désactiver et réactiver l’intégralité de ses puces, ce n’était pas pour cela. Ce qui l’intéressait réellement, c’était ce qui avait conduit à tout ceci.
Il y avait dans l’eau une technologie ou un phénomène naturel inconnu, capable de désactiver toutes machines en marche, dont les téléporteurs. Si les Terres Bleues pouvaient arriver à le ou la contrôler, ils seraient alors en mesure d’obliger la Galaxy Corporation à négocier avec eux : pour que ses engins diminuent leur consommation d’eau, pour les aider dans leur recherche de téléporteurs solaires, pour expliquer le fonctionnement de leur invention, etc. Mais enfin et surtout cela permettrait de relancer des recherches sur une alternative aux téléporteurs, pour finalement venir à s’en séparer.
Léonard avait été prévenu qu’Akira Kanzaki les avait rejoint, accompagné de toute son équipe. Il comptait beaucoup sur leur aide pour résoudre l’ensemble des énigmes de ces bateaux.
Alors que le leader des Terres Bleues continuait à regarder les épaves, Thomas’ et l’ingénieur le rejoignirent. Les deux arrivants furent surpris de voir les embarcations, car bien que sachant que Léonard était parti pour aller les étudier, ce dernier n’avait pas prévenu qu’il allait les ramener. Il avait préféré garder la surprise, de manière à ce que les recherches puissent continuer normalement jusqu’à son retour, au lieu que tout le monde l’attende, trop impatient de découvrir les secrets de ses nouvelles trouvailles.
Après les avoir salués, Léonard demanda à Thomas’ qu’il fasse en sorte que les épaves soient entourées d’un dispositif pour les tenir debout et d’une aéropasserelle pour y monter. Il regarda les algues et demanda :
― Je voudrais aussi qu’on les analyse, pour savoir si elles ont quelque chose à voir avec les pannes.
Il lui sembla alors qu’elles étaient plus foncées qu’auparavant.
― Elles étaient plus claires avant le voyage, il faudrait demander aux biologistes et botanistes de veiller à ce qu’elles ne meurent pas, elles sont peut-être notre va-tout dans la lutte contre les téléporteurs.
Alors que Thomas’ s’exécutait en allant chercher ouvriers et scientifiques, Léonard alla parler à Akira.
― Je suis heureux que vous soyez des nôtres Monsieur Kanzaki.
― Merci, je suis aussi très content de vous avoir rejoint.
― Etes-vous satisfait de nos installations ?
― Oui totalement, pouvoir disposer d’autant de téléporteurs nous permet de gagner beaucoup de temps. Nous sommes en train d’essayer de les ouvrir de tous les côtés possibles en essayant de trouver une faille. Lorsque la machine explose, les images sont analysées par ordinateur pour deviner où est le cœur de l’explosion. Ce genre de chose est habituellement facile, mais dans leur cas, le cœur de l’explosion semble être aléatoire, comme si la centrale de fabrication mettait les explosifs à un endroit différent sur chacune d’entre elles.
― Je vois dit Léonard, vous avez fait d’autres expériences ?
― Oui, de mesure de la lumière bleue et de découpe rapide par eau à très forte pression, espérant couper un fil du mécanisme d’explosion, mais nous n’avons pas encore fait de progrès. Il ne nous reste de ces expériences que les coques des téléporteurs. Nous en avons réassemblées plusieurs et avons pu constater que rien ne manquait. Lors de la dernière téléportation du téléporteur en train d’exploser, pas un seul bout de métal de l’enveloppe extérieure n’est envoyé avec ce qu’il y avait au milieu.
Léonard écoutait attentivement l’ingénieur tout en le fixant droit dans les yeux.
― Nous n’avons pas non plus trouvé la moindre trace d’eau dans les restes de l’explosion… Eau qui est censée être présente pour le fonctionnement du téléporteur… Même si elle est déplacée lors de l’explosion, il devrait en rester un peu sur les éclats de métaux… Je pense que la Galaxy Corporation cache beaucoup de choses… J’ai toujours trouvé que les téléporteurs et l’eau avait une relation bizarre. En effet, s’ils utilisent l’eau comme énergie, leur dépense devrait varier en fonction de ce qu’ils téléportent. Détruire une grande quantité d’atomes prend forcément plus d’énergie que d’en détruire une petite. Pourtant quel que soit le transport effectué, la Galaxy Corporation dit consommer toujours un litre…
― J’espère que les téléporteurs désactivés que j’ai pu ramener nous permettrons d’en apprendre plus, dit Léonard. Dès que les bateaux seront debout, je souhaite que vous alliez à l’intérieur avec votre équipe pour les étudier. Je ne veux pas qu’on les emmène tout de suite au hangar, je préfère que nous essayions d’abord de comprendre ce qu’il s’est passé.
― Très bien, répondit Akira en allant chercher son équipe, se préparant à peut-être enfin pouvoir voir l’intérieur d’un téléporteur.